Quand les médias parlaient de nous…

Il y a quelques années, à l’occasion de l’anniversaire d’un certain mois de Mai, et probablement parce que des sociologues ont eu la bonne idée de sous-titrer leur livre « les classes moyennes et l’héritage de Mai 68 », les médias ont cru bon devoir parler de nous !

Certains nous ont pris pour de vieux « soixante-huitards » rêveurs et un brin révolutionnaires, ils ont probablement été déçus, d’autres ont été séduits par notre « mode de vie ».

Nous, nous n’avons rien changé…

Voici à titre d’exemple une petite interview radiophonique, les interviewés se reconnaîtront…


Et ici un article de Ouest France

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Ici, on vit chacun chez soi mais ensemble

Elles l’ont appelé Habitat différent. Depuis 20 ans, dix-sept familles vivent une expérience unique dans un petit quartier HLM d’Angers. L’isolement, ici, on ne sait pas ce que c’est.

L’aventure a commencé au début des années 1980. Ils étaient jeunes parents. Travaillaient dans le social, l’enseignement, la santé… Et surtout, ils voulaient « vivre autrement ». « Changer la vie » sans attendre que la politique le fasse pour eux. En 1987, un curieux Ovni sort de terre dans le quartier du Lac-de-Maine, à Angers : quinze maisons et deux appartements locatifs construits par une société de HLM, le Toit Angevin. Habitat différent est né.

Différent ? D’abord, au jardin, il n’y a pas de clôtures. « L’été, il suffit que quelqu’un s’asseoit devant chez lui et sorte une bouteille pour qu’il se retrouve avec trois-quatre personnes, témoigne Françoise. Au bout d’une demi-heure, on est vingt. Une heure après, chacun va chercher chez lui de quoi manger. On met tout ça en commun et on mange ensemble ! »

Le mot d’ordre du collectif, « Vivre ensemble chacun chez soi », rappelle l’après Mai 68. Une époque où certains tentaient la vie en communauté. Pas de ça ici. On vit en famille. Mais on s’entraide entre voisins en cas de coup dur. Et on partage beaucoup plus que le bonjour-bonsoir. Les espaces verts, on les entretient ensemble : toujours ça de charges en moins. Et surtout, comme le souligne Bruno, « ça crée du lien entre nous. » Le Toit Angevin fournit les matériaux, eux la main d’oeuvre. « On a tout fait dehors : le petit chemin, les talus, les plantations, le four à pain… Rien de tel que la sueur partagée pour bien s’entendre entre voisins ! »

Chaque famille consacre deux week-ends par an au jardin et une soirée par mois à l’organisation de la vie collective. La gestion du studio commun, qui accueille les visiteurs de passage. De la cave, où chacun a ses bonnes bouteilles. De l’atelier avec ses outils et tondeuse. Des garages, reconvertis en celliers. De la salle commune où les ados font leurs fêtes et les adultes leurs soirées à thèmes ou leurs karaokes…

Plus de cinquante personnes, dont dix-huit enfants et ados, s’épanouissent aujourd’hui à « Habitat », comme ils disent pour faire court. « Lorsqu’un logement se libère, explique Geneviève, c’est nous qui proposons de nouveaux locataires au Toit Angevin. Si on n’a pas de candidats, il nous présente les siens. On les reçoit alors au cours d’un apéritif. On leur présente le projet et on échange pour comprendre leurs motivations à s’installer ici. Puis on en discute entre nous et on vote à bulletins secrets. » La décision se prend à la majorité des voix.

Christina et Tine, un couple d’origine malgache, gardent un très mauvais souvenir de cet « apéritif ». « On n’était vraiment pas à l’aise, se souvient la jeune femme. La maison nous plaisait beaucoup. Le loyer était intéressant. Mais on ne comprenait rien à ce que ces gens-là nous disaient. » Elle l’avoue : « Nous avions décidé d’accepter et de participer le moins possible ! » Aujourd’hui, elle a changé de ton. « Ici, c’est comme à Madagascar ! » lâche-t-elle dans un large sourire. La même ambiance ! » Les enfants naissant, Christina et Tine ont pris une maison plus grande, toujours à Habitat différent. « Le jour du déménagement, mon mari avait mal au bras. Tout le monde est venu nous aider. Ça a été fini en deux heures ! »

« En plus, pour les enfants, c’est super, poursuit-elle. Il n’y a aucune barrière avec l’extérieur. Mais ils ne sortent jamais. Ils sont tellement bien ici. » L’entrée se fait par des passages étroits. Les enfants ne pensent tout simplement pas à les franchir.

Habitat différent a un peu une forme d’oeuf. Tous les salons donnent au sud, avec de grandes baies pour récupérer la chaleur du soleil. Une grande partie ouvre sur le jardin. Dans le haut, il y a le potager, où chacun cultive sa parcelle mais se sert où il veut. « Les enfants d’ici sont effectivement différents, souligne Françoise. D’ailleurs, à l’école, les enseignants les reconnaissent. Ils sont plus solidaires entre eux. Et très à l’aise avec les adultes, tout en étant respectueux. » Car le respect, comme la juste distance, ils l’apprennent naturellement. « S’ils viennent jouer un peu trop près quand on mange dehors, on leur demande gentiment de s’éloigner, » témoigne Bruno. « Ici, chacun est garant du respect de l’autre. Car tout le monde a intérêt à être respecté. »

Pour les vingt ans du quartier, les habitants ont voulu se regarder dans la glace. Ils ont demandé à deux sociologues de venir faire le point. Marie-Hélène Bacqué est une spécialiste de ce type d’expériences. Elle l’assure : que ce soit en France, au Canada ou aux États-Unis, l’habitat cogéré, ça marche. « Y compris dans les quartiers populaires, avec une forte précarité, souligne-t-elle. Comme à Boston où la majeure partie de la population est noire et au chômage. »

Actuellement, une nouvelle expérience se prépare à Angers. Cette fois, les maisons seront construites en matériaux bioclimatiques. Mais avec la même intention sur le plan relationnel. La chaleur humaine, c’est aussi vital que l’énergie solaire.

Claudine QUIBLIER.

Photo: Franck DUBRAY.

Ouest France : lundi 24 mars 2008

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