Densité, intimité et vie communautaire…

Les architectes et autres urbanistes les appellent des « opérations », les agents immobiliers des « produits », quant à nous les habitants, les citoyens de base, c’est à dire les utilisateurs finaux, nous ne les appelons ni opérations ni produits, nous les appelons des quartiers et des maisons c’est à dire nos lieux de vie où avec plus ou moins de bonheur, nous essayons chaque jour de vivre avec nos voisins, ensemble et chacun chez soi.

Depuis quelques années, la mot d’ordre chez les urbanistes est de faire dans le développement durable et donc, nous explique-t-on, pour faire durable il faut densifier !

Densifier c’est le thème du dossier du dernier numéro de IMAGO, la revue du CAUE 49.

Le mieux est peut-être que vous en preniez connaissance par vous même :

Mais voilà il ne suffit pas de densifier sur un plan en appliquant des préceptes très théoriques qui passeront peut-être de mode d’ici quelques années, encore faut-il une fois le quartier (« l’opération ») sorti de terre, inventer la vie qui va avec cette densification et cela ne va pas de soi car qui dit densification impose de nouvelles façons de gérer l’intime et ce que je serai tenté d’appeler « l’extime », c’est à dire toute cette partie de notre vie qui n’est pas entièrement privée mais qui n’est pas non plus éloignée de notre « intime », cette vie au bord de notre chez nous, directement au contact de nos voisins, à l’orée de l’intime.

Les chercheurs du CRESSON : Centre de Recherche sur l’Espace Sonore et l’Environnement Urbain – École nationale supérieure d’architecture de Grenoble qui en 2005 ont été l’une des 9 équipes de recherche retenues (sur plus de 40 tout de même) pour engager une étude ayant pour thème : Habitat pluriel : densité, urbanité, intimité et ce, à la demande du Ministère des Transports, de l’Équipement, du Tourisme et de la Mer, aujourd’hui Ministère du développement durable ; ces chercheurs donc, mettent en ligne, ce mois d’avril, le compte-rendu final de leur recherche. Qu’ils en soient vivement remerciés ici, c’est passionnant.

Je vous invite à le lire, (je sais il faut un peu de temps mais cela vaut le coup😉 )

Inévitablement, cette étude m’a fait pensé à ce livre de Chermayeff et Alexander « Intimité et vie communautaire » chez Dunod,  malheureusement aujourd’hui épuisé et que j’avais acheté tout à fait par hasard chez Emmaüs il y a 30 ans et qui n’est pas pour rien dans ma présence à Habitat Différent. Je tiens bien sûr ce livre à votre disposition si vous souhaitez le lire.
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Mais me direz-vous pourquoi évoquer ce sujet et quel rapport avec « Pour un Habitat Différent » ? Et bien, en approfondissant un peu, j’ai découvert un autre document publié par la même équipe de recherche et sur le même thème (et plus court !) :  » L’intimité au sein des espaces extérieurs de l’habitat individuel dense. Rêve ou réalité ? « 

Et dans ce document vous pourrez lire page 12 :

Pour que l’espace privatif du jardin soit appropriable, il semble indispensable de le circonscrire. Selon Pierre Sansot (1978), il est impensable de cultiver un jardin sans un « mur sur  lequel  s’appuyer »  physiquement  et  métaphoriquement.  La  séparation  –  en  limitant l’espace tout en permettant le prospect – rassure, sécurise et protège.

Si l’espace privatif du jardin est circonscrit, il ne peut pas être hermétique aux jardins voisins et aux espaces collectifs : la proximité spatiale et le caractère convivial des lieux (souhaité  par  les  habitants)  l’en  empêchent.  Les  univers  privés  s’interpénètrent  pour  le meilleur et pour le pire. Dans certaines situations, les dispositifs de limite poreux permettent un contact sécurisé et incitent au rapprochement. Dans d’autres situations, ces dispositifs peuvent être déclencheurs de conflits de voisinage.

Or voilà bien par exemple un secteur où le concept d’habitat participatif, tel que nous le vivons au quotidien à HD,  fournit des réponses efficaces et viables, change le paradigme, nous pouvons en témoigner nous qui vivons sans clôture en partageant un grand jardin sans difficulté aucune et sans conflit. L’appropriation collective d’un jardin où l’on vit est une réalité et Pierre Sansot, j’en suis désolé pour lui, a tort, le « mur » n’est pas indispensable si l’on a pensé et choisi collectivement son mode de vie. De là à dire que la solution pour densifier avec succès c’est de co-construire des projets de lieux de vie (et pas de créer des opérations ou de construire des produits…) avec les futurs habitants, il y a un pas que nous citoyens de base et habitants heureux de vivre dans un habitat participatif, nous ne franchirons pas, nous laisserons aux chercheurs et autres urbanistes ou architectes le soin de s’en rendre compte par eux-même en continuant malgré tout notre petit prosélytisme au quotidien…

3 réflexions sur “Densité, intimité et vie communautaire…

  1. Bonjour,
    Auteur des documents que vous citez c’est avec une énorme curiosité et surtout un immense plaisir que j’aimerai étudier le jardin collectif dont vous parlez. Ceux que j’ai pour le moment étudiés se sont révélés de terribles lieux de lutte (terrain G2 notamment): http://www.theses.fr/155472542

  2. hé bien cela fonctionne pour vous car cela correspond à votre mode de vie pour ma part je pense que la limite à défaut de mur est nécessaire psychiquement pour vivre avec les autres dans le respect de soi et des autres. les photos que vous montrez de votre expérience ne laisse pas apparaitre la dimension nécessaire que représente l’intime.

  3. Pingback: Densité, intimité et vie communau...

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